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De plus en plus de jeunes touchés par la précarité

LEMONDE | 08.11.11 | 13h34

 

Elle les croise le matin. Un café, quelques tartines et ils repartent comme ils étaient venus. Solène Laisné, 21 ans, travaille à la délégation du Secours catholique de la Sarthe. Chaque jour, de 9 heures à midi, cette antenne régionale de l'association caritative propose dans ses locaux du Mans un petit déjeuner gratuit aux personnes en difficulté. S'y retrouvent des familles, des retraités et de plus en plus de jeunes de moins de 25 ans. Alors, dans ces moments-là, la jeune femme trouve qu'elle a de "la chance d'avoir un petit contrat", en l'occurrence un service civique d'un an.

Comme elle, ils sont nombreux à constater sur le terrain la montée de la précarité chez les jeunes. Dans son dernier rapport, rendu public mardi 8 novembre, le Secours catholique analyse ce décrochage d'une partie des 18-25 ans. Même si les jeunes ne sont pas la catégorie la plus présente, leur nombre ne cesse d'augmenter.

En 2010, 12 % des situations rencontrées dans les permanences du Secours concernaient les moins de 25 ans. "Ce chiffre peut paraître bas, mais il est inquiétant, analyse Bernard Schricke, directeur de l'action France. Pour un jeune, c'est très difficile de frapper aux portes d'une association caritative. Ils ne le font souvent qu'en dernier recours." Didier Piard, directeur de l'action sociale à la Croix-Rouge s'inquiète lui aussi. "En deux ans, les demandes d'aide alimentaire pour ce public sont passées de 3 % à 9 %. Et dans nos écoles d'aide-soignant ou d'infirmier, chaque année, les responsables nous signalent de plus en plus d'étudiants qui se retrouvent en grande difficulté pendant leurs études."

Le visage du jeune en galère a changé. Le marginal en rupture sociale et familiale existe toujours mais il côtoie désormais d'autres profils. A côté des jeunes "en extrême pauvreté", qui représentent 17 % des personnes rencontrées, le Secours catholique croise de nombreux 18-25 ans en recherche d'emploi, étudiants ou en formation (21 %).

L'association recense aussi les jeunes travailleurs (14 %), majoritairement des femmes au chômage indemnisé ou en emploi précaire, les jeunes mères bénéficiaires du revenu de solidarité active (22 %), ou encore des ménages français qui basculent dans la pauvreté après un accident de la vie (17 %). Les familles avec enfants, couples ou mères seules de nationalité étrangère, qui vivent en habitat très précaire représentent 9 % des situations rencontrées par l'ONG.

 

AIDES SUR LES CAMPUS

Les difficultés d'accéder à un emploi stable, à un logement abordable, la solidarité familiale qui ne fonctionne plus autant sont autant de facteurs qui ont des conséquences négatives sur l'aisance des adultes en herbe. Même les étudiants, une catégorie jusque-là assez préservée, sont de plus en plus nombreux à avoir besoin d'un coup de pouce caritatif.

Depuis l'ouverture en septembre2009, sur le campus de Lille-1, d'une permanence du Secours populaire avec distribution de repas, les initiatives d'aide aux étudiants se sont multipliées. Les organisations étudiantes s'y mettent aussi. La FAGE, en partenariat avec l'Andes (Association nationale de développement des épiceries solidaires) vient d'inaugurer sur le campus de l'université Lyon-1, en octobre, un lieu de distribution alimentaire, où les étudiants pourront trouver des produits de première nécessité.

Baptisé Agoraé, ce dispositif se veut aussi un point d'accueil et d'information pour les étudiants fragilisés. "Ce projet s'adresse aux jeunes dont le reste à vivre se situe entre 2,20 et 7 euros par jour, précise Jillian Chazalette, responsable du projet à la FAGE. Tous ceux qui sont ric-rac pour boucler leurs fins de mois. Les étudiants en très grande difficulté continueront à relever des dispositifs d'urgence." En quelques semaines, près d'une cinquantaine d'étudiants ont bénéficié de cette aide. L'organisation a déjà programmé l'ouverture d'autres Agoraé, à Nice fin novembre, puis à Brest, Strasbourg et Lille, courant 2012.
Autre constat alarmant pour le Secours catholique: cette précarité grandissante a pour conséquence de plomber le moral de toute une génération. Ceux qui ne sont pas pauvres n'ont qu'une peur : le devenir.

 

Catherine Rollot



08/11/2011
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