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Faire vivre notre patrimoine

L’opération Mois du patrimoine vient de s’achever. Le bilan est positif, comme chaque année, mais au-delà de l’événement sur lequel s’affichent les collectivités et les institutions, que devient notre patrimoine le reste du temps ? Si les moyens, surtout humains, manquent toujours, il y a au moins une réelle volonté de le faire vivre.

Sur les traces du petit train de Païta, lors de la première journée du Mois du patrimoine, une dame résumait plutôt bien la situation. « C’est bien, mais le reste de l’année on ne sait pas trop où on peut aller et si on a le droit ou pas ». Et Horizon Sud, le magazine de la province, d’expliquer dans un article de présentation, que l’opération est « une occasion unique de rencontres et de découvertes ». Unique, c’est bien le mot, alors que dans le Grand Nouméa, l’histoire est omniprésente.
Chapelle américaine de Plum trop dangereuse pour qu’on s’y aventure, Briqueterie où les gens viennent, non sans risque, se servir en matériaux, petit train dont il ne reste plus guère que le tunnel d’Erembéré en proie aux inondations, installation des pétroglyphes de Païta complètement saccagée, pont de Dumbéa vendu aux enchères, sans parler des ruines de Saint-Louis. La liste est longue. Et pourtant, les Calédoniens sont terriblement attachés à ce patrimoine, comme en témoigne le nombre de visiteurs, chaque année, au mois qui lui est dédié.
Et c’est bien là que le bât blesse. « Je dis qu’il faut s’approprier et valoriser le patrimoine local, qu’il soit historique, naturel ou culturel », déclarait récemment dans nos colonnes Georges Torrani, l’ancien directeur des hôtels Méridien. Ce que confirme en partie Jules Hmaloko, le secrétaire général adjoint de la province Sud en charge de l’éducation, de la jeunesse et de la vie sociale : « Depuis quelques années, on s’aperçoit qu’il y a un véritable engouement des Calédoniens pour le patrimoine. Mais parmi les 200 000 croisiéristes, il y a également des gens qui s’intéressent au patrimoine culturel. » Néanmoins, un gros travail a déjà été accompli.

Retisser nos liens avec les associations et les communes.

« La liste de ce que nous avons restauré est longue, pointe Jules Hmaloko, le doigt sur le document répertoriant tous les chantiers provinciaux. Aujourd’hui, il faut consolider ce que nous avons fait pour le maintenir, mais aussi le faire vivre. Pour ça, il nous faut des passionnés. » Autrement dit, des associations. Et c’est là que la province et les communes trouvent leurs limites, puisqu’elles n’ont pas forcément les moyens de payer un gardien, par exemple. Et les subventions, aussi généreuses soient-elles, ne suscitent pas forcément de vocations.
Depuis près d’un an et demi, la villa-musée de Païta n’ouvre plus que pendant la Fête du bœuf et le Mois du patrimoine. « Nous avons un peu de mal à être partout, regrette Marina Dufermon, la présidente de l’association Témoignages d’un passé qui s’occupe de la villa-musée. Avant, nous arrivions à ouvrir un week-end par mois, mais il a fallu que nous répartissions nos forces. »
Et ces forces, la province compte bien les soutenir. « Nous avons deux axes prioritaires, détaille Jules Hmaloko. Nous souhaitons retisser nos liens avec les associations et les communes. Il est primordial que l’on travaille ensemble. Cette année, nous avons d’ailleurs organisé une formation pour les communes sur la gestion des projets culturels. L’autre axe est d’assurer nos missions d’expertise muséographique et scientifique pour aider justement à la mise en place des projets.
Mais, au-delà des motivations, comme on a pu le voir avec le projet de musée de la Seconde Guerre mondiale à Oua Tom, l’argent reste le nerf de la guerre. Ce qui laisse un responsable d’association penser que « si nous étions plus riches, le patrimoine pourrait avoir une autre dimension ». »

Mathurin Derel

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Des moyens avant tout humains

Chaque année, le service culture de la province Sud investit près de 400 millions pour rénover les bâtiments historiques. Mais attention, le credo de la province est que, derrière tous travaux, il y ait une structure pour faire vivre le bâtiment. « Il faut être cohérent, explique le secrétaire général adjoint de la province. Cela ne sert à rien de rénover si cela doit être saccagé derrière. C’est pour cela qu’il doit y avoir une synergie entre les associations, les communes et la province. » Un sentiment que partage l’association Témoignages d’un passé.
D’autres associations comme le Jeep Army club font valoir d’autres arguments. Pour son président, Jean Paul Lucian-Viart, « le tout est d’être sur le terrain pour faire vivre le patrimoine. Avec peu de moyens nous avons réussi à reconstituer un campement américain ». L’association réfléchit aujourd’hui à la possibilité de créer davantage d’animations, avec de l’argent, certes, mais surtout de l’huile de coude.
Dans le même esprit, une association de La Conception et des particuliers de Païta ont redonné vie à d’anciennes tarodières, piliers de l’agriculture kanak. Un site (au Mont-Dore) dont la visite est proposée au public.
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Repères

Qui fait quoi ?
En matière de protection et de conservation du patrimoine, c’est la province qui est compétente d’après la délibération du 24 janvier 1990. Dans les faits, les communes et les particuliers, notamment en ce qui concerne les maisons individuelles, sont également concernés. Le gouvernement peut aussi l’être en tant que propriétaire. Le président de la province Sud a en effet le pouvoir de notifier un classement, mais plutôt que la contrainte, les services du patrimoine préfèrent la conciliation. D’autant que pour les particuliers, le classement présente des avantages mais aussi des inconvénients, comme le fait qu’ils ne puissent plus faire de travaux sans l’accord de la province. Ils ont également l’obligation d’ouvrir leurs portes à l’occasion du Mois du patrimoine.

Des travaux pas toujours faciles à réaliser
Outre le financement, la grande difficulté de la rénovation réside dans le manque d’entreprises spécialisées. Elles se comptent sur les doigts de la main et s’engagent généralement dans de longs travaux. En sachant que l’armée et la mairie de Nouméa sont très consommatrices de leurs services puisqu’elles possèdent de nombreux bâtiments anciens, il ne reste pas beaucoup de place pour les autres.


14/09/2010
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