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L’énergie renouvelable à la croisée des chemins


Le Tûranor PlanetSolar a touché Nouméa hier dans le cadre de sa promotion des énergies renouvelables. Elles représentent entre 15 et 20 % de notre électricité. Mais, sans tarif de rachat attractif pour l’éolien et le solaire, nous risquons fort de nous en priver.

 

 

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C’est, en gigawatts/heure, la quantité d’électricité d’origine renouvelable produite en 2010. Sur un total de 2132 GWh, le fuel représente 60 %, le charbon 25 %, l’hydraulique 12,5 %, l’éolien 2,4 %, le photovoltaïque 0,17 % et le coprah 0,01 %.

 


Cette réalité est souvent oubliée : avec 15 % d’électricité propre et inépuisable en 2010 (20 % les années à bon débit du barrage de Yaté), la Calédonie n’est pas une mauvaise élève. La Métropole plafonnait à 14 % en 2009 et, comme le reste de l’Europe, rêve d’atteindre les 20 % d’ici 2020. Pourtant, entre 1990 et 2007, nos émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 60 %.
Face à l’urgence du changement climatique, faut-il alors affirmer que « la Nouvelle-Calédonie est à la préhistoire de la préoccupation énergétique », selon les termes utilisés par un expert l’an passé ? Son score en « renouvelable », le pays le doit à 85 % à l’hydroélectricité, et celle de Yaté en particulier, lancée il y a cinquante ans pour l’exploitation du nickel.
Et depuis ? Pas grand-chose. Peu d’efforts en matière de maîtrise de l’énergie, la demande publique continuant de croître de 4 % par an. Et peu de nouveaux moyens de production alternatifs.

Déficit. Seule avancée significative : l’implantation, ces dix dernières années, de quelque 150 éoliennes (2,5 % de notre électricité en 2010). Mais depuis quatre ans, tous les nouveaux projets sont bloqués. Pire : les acteurs menacent de plier bagages. En cause : « un tarif de rachat par Enercal de 11 francs le kilowatt/heure qui n’a jamais été réactualisé depuis 2003, alors que nos charges augmentent avec l’inflation », sans compter l’exclusion du renouvelable de la défiscalisation locale l’an dernier, pointe Stefan Sontheimer, directeur d’Aérowatt NC, qui exploite 100 éoliennes à Voh et à Prony.
Résultat : la société cumule les pertes, avec un déficit de 100 millions de francs en 2010, et s’est séparée de 35 éoliennes l’an passé. Privé de projets, son fournisseur, Vergnet Pacific, a réduit ses effectifs de 33 à 27 personnes et « ne fait plus que de la maintenance », déplore Gwenn Paturel, le directeur. Sans visibilité, la filière parle d’un « énorme gâchis » et dit jouer sa survie « cette année ».

Un tarif de rachat par Enercal jamais réactualisé depuis 2003, alors que nos charges augmentent.

Savoir-faire. Après « quatre ans de promesses non tenues », sa demande au gouvernement est claire : obtenir un tarif de rachat à 20 francs, au moins à court terme « sur quelques nouveaux projets », sans attendre le schéma de l’énergie et du climat, retardé avec la chute du gouvernement.
Sans quoi « la Calédonie perdra un savoir-faire et la possibilité de faire du renouvelable durant les cinq prochaines années », assène Stefan Sontheimer, également président de l’association Synergie, qui revendique une centaine d’emplois avec les acteurs du photovoltaïque.
Ce secteur connaît une situation encore plus critique, puisqu’il a été écarté de la défiscalisation nationale en septembre dernier, et ne bénéficie toujours d’aucun tarif de rachat.
La ferme solaire de Tontouta (0,15 % de la production électrique en 2010) est le seul projet d’envergure à avoir vu le jour, l’an passé, grâce à une double défisc et un tarif de 18 francs le kilowatt/heure obtenus in extremis. Tarif qui ne permettrait même pas de financer la maintenance de l’installation.
Désormais sans aucune défisc, les professionnels réclament un rachat à 35 francs, voire 25 francs si l’exonération nationale était rouverte. En attendant, la balle est dans le camp du gouvernement et du Congrès.

 

Tarif compétitif ?

Les énergies renouvelables ont encore un coût élevé, rappelle Jean Bégaud aux candides qui réclament un faible tarif de l’électricité. Selon le directeur d’Enercal, « on peut choisir de les développer de façon volontariste pour limiter les gaz à effet de serre ». Mais, prévient-il, la collectivité devra « mettre la main au porte-monnaie », sachant que le tarif actuel de vente du kilowatt/heure (32 francs en moyenne) plonge déjà Enercal dans un profond déficit structurel. Pour le producteur, l’éolien et le solaire, s’ils étaient rachetés à 20 francs et 25 francs le kilowatt/heure, souffriraient encore « d’écarts importants » avec le coût de production au charbon (12 francs) et au fuel (17 francs). Sans compter l’effort de défiscalisation (6 milliards pour les éoliennes, 850 millions pour la ferme solaire de Tontouta), qui a financé plus des deux tiers du prix des installations. Conscientes que l’argument écologique trouve peu d’échos parmi les élus, les deux filières s’opposent à « une vision à court-terme » et précisent qu’aujourd’hui, « Enercal gagne de l’argent à 11 francs le kWh d’éolien ». Persuadées que le coût moyen de production des énergies fossiles est déjà « proche de 18 francs » dans le pays, elles revendiquent leur compétitivité, sinon effective, du moins imminente, « d’ici cinq à dix ans », à l’aune de la flambée « inéluctable » sur le marché des combustibles. Un argument partagé par la Dimenc.

 

 

 

Repères

L’hydraulique en a sous le pied
Première énergie renouvelable du pays, l’hydraulique n’est pas au bout de son potentiel. Selon Enercal, deux gros projets sont dans les cartons : l’un au mont Panié, l’autre au mont Humboldt. D’un coût d’une dizaine de milliards chacun, ils pourraient couvrir près de 10 % de la production d’électricité actuelle. Problème : ils se heurtent à des contraintes très fortes de préservation de l’environnement. Pourtant, cette énergie ne manque pas d’arguments : les installations durent très longtemps et « au bout de quinze ans, on peut arriver à un prix de 6-7 francs le kilowatt/heure (1 franc pour le barrage de Yaté aujourd’hui) ». Ultra-compétitif.

Rendez-vous dans un mois
Les acteurs des énergies renouvelables ont été entendus lundi au cabinet de Sonia Backès, en charge de l’énergie au gouvernement, où ils auraient reçu une oreille attentive. Rendez-vous a été pris le 20 juin, comme un ultimatum.

 


12/05/2011
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