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Sécheresse : la dernière gorgée de bière ?

Par Claire Ismard | Journaliste | 01/06/2011 | 12H11, Rue.89

La hausse des températures a fait grimper les cours de l'orge, dont les récoltes sont compromises.

C'est une règle quasi-mathématique, connue de tous les brasseurs. Quand le thermomètre augmente d'un degré, les ventes de bière bondissent, elles, de 4% à 5 %. La chaleur exceptionnelle de ces dernières semaines aura donc représenté une magnifique aubaine pour les professionnels de la mousse.

Mais jusqu'à quand ? Malgré un printemps radieux, la filière bière commence sérieusement à se faire du souci. Car le soleil ne s'est pas contenté d'assécher les gosiers. Il a aussi grillé les plants d'orge nécessaires à la fabrication du breuvage, dont la récolte s'annonce des plus catastrophiques.

Les cours mondiaux de l'orge, déjà très hauts depuis un an, ont littéralement explosé, prenant près de 50% ces derniers mois à près de 300 euros la tonne. La France, l'Allemagne, mais aussi les Etats-Unis et la Chine, principaux producteurs de l'orge brassicole, avec l'Ukraine, sont particulièrement touchés par la sécheresse. Thierry Berger, directeur marketing du groupe Soufflet, l'une des principales malteries françaises, n'est pas optimiste :

« Sur l'orge d'hiver – prochainement récoltée – on devrait à peu près s'en sortir. Mais sur l'orge de printemps, il n'y aura quasiment rien. »

Le prix de l'orge, mais aussi celui de l'alu

Pression de la demande, raréfaction de l'offre… Aïe ! A combien le demi ? Une porte-parole de Kronenbourg concède, sans trop s'attarder :

« Il y aura certainement une augmentation même s'il est encore difficile de la chiffrer… Le prix de l'orge n'est pas ce qui pèse le plus dans le prix final. »

Traduire : l'orge, c'est « peanuts » comparé aux « vraies » matières premières nécessaires au conditionnement – papier, verre, aluminium –, elles aussi en augmentation. Chez Heineken, on ne souhaite pas faire de commentaire pour l'instant.

Devant la pénurie, les brasseurs ne sont pas tous sur un pied d'égalité. Tout dépend de leur système d'approvisionnement, comme l'explique Pierre-Philippe Lesoin, un brasseur artisanal basé en Loire-Atlantique et membre de l'Association des brasseurs de France :

  • soit, ils sont en contrat avec des malteries avec des quantités/prix fixes comme le sont tous les gros (Heineken, Kronenbourg), ce qui leur permet d'avoir des prix « lissés » ;

  • soit, ils n'ont pas de contrat et subissent à la minute-même le cours spéculatif de l'orge.

Lui-même sous contrat depuis 2007, Pierre-Philippe Lesoin subit pourtant les hausses de prix de plein fouet. Le gérant de la brasserie du Bouffay explique :

« L'année dernière, la hausse avait déjà été de 30%, là elle pourrait être de 40%. Mais le vrai risque, c'est quand même de ne plus trouver à s'approvisionner en malt. On va arriver à un moment où il va devenir difficile de trouver des malteries qui aient quelque chose à vendre. »

L'Ukraine, à la rescousse de la mousse ?

Très touchée l'an dernier, l'Ukraine, premier producteur mondial de la céréale, pourrait cette fois présenter un providentiel recours, estiment les malteurs, même si le pays ne parviendra pas à lui seul à satisfaire la demande. D'autant que, dans ce contexte incertain, la spéculation est à son comble.

Autre motif d'inquiétude côté zinc, la qualité ne serait pas non plus au rendez-vous. Pour parvenir à produire de la bière, l'opération de maltage doit en effet se faire dans des conditions très strictes. Elle nécessite un calibrage minimum des grains d'orge et un taux de protéine maximum.

Cette année, les grains – quand il y en a – sont rabougris et hyperprothéinés. Ce qui pour les producteurs traditionnels de bière peut poser des problèmes de « filtation, de troubles, voire créer des faux goûts », comme l'explique Pierre-Philippe Lesoin.

« Pour les industriels, c'est moins grave puisqu'ils ont toute la chimie nécessaire pour corriger le goût et parvenir à quelque chose de tout à fait normé. »

Nous voilà rassurés. Santé.



01/06/2011
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