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Interdiction de vente d’alcool C’est parti pour durer

En octobre 2008, les interdictions de vente d’alcool faisaient leur retour dans l’agglomération nouméenne. Un an plus tard, ni la consommation, ni la mortalité routière, ni la délinquance n’ont vraiment chuté. Mais le haussariat avertit : tant qu’elles seront nécessaires, ces mesures perdureront.

Il y a un an, tous les amateurs de malt, de houblon ou de raisin fermenté tombaient des nues.
Le 26 septembre 2008, le haut-commissariat décidait d’interdire totalement la vente d’alcool à Nouméa, du vendredi soir au dimanche matin. Un week-end forcé à l’eau claire, le premier depuis le début des années 1990.
« Radical », avaient protesté les commerçants et les producteurs de boissons. « Trop d’accidents et trop de délinquance dus aux abus », avait répondu l’État, avant d’assouplir légèrement la mesure, les mois suivants. Aujourd’hui, l’interdiction ne débute qu’à 16 heures à Nouméa, mais toutes les communes de l’agglomération sont maintenant concernées, et pas qu’elles. Moindou, La Foa et récemment Yaté ont rejoint la liste. D’autres pourraient suivre, car les élus sont demandeurs, assure le haut-commissariat.
Mais un an après les premiers arrêtés, tout cela a-t-il servi à quelque chose ? Si c’est le cas, l’évolution n’est pas évidente du point de vue statistique. L’amélioration attendue (moins d’accidents et de délinquance) est surtout visible dans deux secteurs.
D’abord en ce qui concerne les infractions pour « ivresse publique manifeste » (le fait d’être ivre sur la voie publique). Divisé « par trois » le premier mois, selon l’État, le nombre d’« IPM » est bien remonté, depuis, à Nouméa. Il reste cependant inférieur de 28 % à la moyenne de l’an dernier. Pour résumer, les cellules de dégrisement se sont vidées d’un tiers de leurs occupants, le week-end, et les rues de la capitale d’un tiers de personnes saoules en divagation.
L’autre amélioration imputable aux interdictions d’alcool touche à la délinquance de proximité, c’est-à-dire aux délits courants mais de moindre importance. Dans tout le pays, ces derniers ont chuté de 5 % au cours des cinq premiers mois de 2009, par rapport à l’année 2008. Or, beaucoup de ces petits écarts sont liés à la boisson, témoignent unanimement les forces de l’ordre.

« Depuis six mois, on est revenu au même niveau. Nous attribuons cela au marché noir. »
Pour le reste, l’effet de douze mois d’interdictions est faible, voire inexistant. Le « début de prise de conscience du lien entre insécurité et surconsommation d’alcool », qu’avait observé le haussariat les premières semaines, ne s’est pas inscrit dans le temps.
La délinquance globale a augmenté les cinq premiers mois de cette année (+3,5 % par rapport à la moyenne 2008). La délinquance routière aussi : une quarantaine de personnes sont mortes depuis le début de l’année (lire en page 3). Le compte était le même il y a un an, juste avant la première interdiction.
Quant à la consommation d’alcool, elle n’a pas chuté, affirment les producteurs et les distributeurs. « Les clients se sont habitués, même s’il reste le problème du vendredi. Beaucoup de gens travaillent encore à 16 heures, et c’est l’heure des embouteillages », rapporte Jean-Michel Zabinski, responsable de la Vinothèque de Magenta (Nouméa). Côté chiffre d’affaires, « nous avions une progression avant les interdictions, et nous avons vite retrouvé la même courbe ».
Même constat dans les grandes surfaces, où le rush des vendredis et samedis s’est reporté sur le jeudi, sans que les ventes n’en pâtissent. « Il y a eu un effet les six premiers mois, avec une baisse importante des ventes dans les épiceries », indique-t-on du côté de la Grande Brasserie de Nouvelle-Calédonie (qui produit les bières Number One et Heineken). « Mais depuis six mois, on est revenu au même niveau. Nous attribuons cela au marché noir, très clairement. Régulièrement, des gens que nous n’avions jamais vus veulent nous acheter des palettes entières de bière. Nous refusons de les servir, mais ils se fournissent certainement ailleurs. »
A entendre les professionnels, la tendance correspond donc à une baisse des ventes dans les épiceries, couplée à une forte augmentation du marché noir. Tout cela avec un effet minime sur les accidents ou la délinquance.
Le plus gros reste à faire, et les interdictions de vente ne paraissent pas suffire. Mais c’est tout ce que l’État peut faire : les débits de boissons, la jeunesse ou encore la santé publique sont des compétences provinciales.

Questions à... Yves Dassonville, haut-commissaire.
Les Nouvelles calédoniennes : comment est née la première interdiction de vente d’alcool, il y a un an à Nouméa ?
Yves Dassonville : C’était une demande des maires. Leurs demandes allaient au-delà de ce qu’on a fait, mais on a considéré que l’efficacité voulait que l’on choisisse cette tranche horaire (après 16 heures à Nouméa, NDLR), et que le signal était déjà assez fort (...) On a pris cette mesure face à la constatation d’accidents de la circulation dus à l’alcool, face à des ivresses publiques importantes, chaque week-end. On a voulu rendre moins facile la consommation d’alcool le week-end, et envoyer un signe destiné à inciter les gens à avoir une consommation raisonnée.

Quel bilan tirez-vous de ces mesures, un an après ?
Les résultats ont été très nettement positifs au départ (...) Sur les neuf premiers mois de cette année, les résultats sont contrastés. Ils sont bons en zone police, moins bons en zone gendarmerie. On ne sait pas trop pourquoi.
Il est vrai que les consommateurs se sont adaptés, ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose. On n’a pas décidé d’interdire l’alcool. Les mesures sont, somme toute, limitées : il s’agit simplement, le vendredi et le samedi, d’avancer un peu l’heure de la fermeture de la vente d’alcool.

N’avez-vous pas encouragé les ventes sauvages ?
On n’est pas naïf, on sait que les gens se sont organisés et qu’il y a sans doute des personnes qui font des stocks, ce qui permet à d’autres, en manque, de se fournir après seize heures.
Mais c’est sans doute très limité. Ces mesures de restriction ne sont pas créatrices d’un marché noir considérable. Il existe, mais il est sans doute marginal parce que nous n’empêchons pas les gens de consommer de l’alcool. Les gens imprévoyants sont le public que l’on voulait cibler. Ceux qui voulaient se consommer une bouteille de whisky comme ça, par désœuvrement, sans le prévoir.

Les mesures vont-elles perdurer en 2010 ?
Moi, je n’ai pas l’intention de changer ces arrêtés (...), c’est un signal pour montrer que la consommation d’alcool non raisonnée conduit à des dérives.
Je ne dis pas que ces arrêtés sont éternels mais, dans les faits, pour le moment, on ne peut pas dire qu’ils ne soient pas efficaces. Ils envoient un signal, et je ne vois pas de raison de les modifier.

En chiffres
5 200
C’est, en francs, la somme moyenne consacrée chaque mois à l’achat d’alcool dans un foyer calédonien en 2008. 2 500 francs pour le vin, 1 500 francs pour la bière, et 1 200 francs pour les boissons fortes.

7
D’après une étude Louis-Harris, les Calédoniens estimaient, en 2003, que la consommation « raisonnable » d’alcool était de sept doses par jour (une bière ou un verre de vin) et qu’une consommation « excessive » débutait à 18 doses. Pour l’Organisation mondiale de la santé, la dose raisonnable est de deux verres. C’est cet écart dans les mentalités qui doit être réduit pour vaincre les méfaits de l’alcool, estime l’OMS dans une étude réalisée sur le Pacifique.

300
C’est le prix, en francs, d’une canette de bière au marché noir, d’après les constatations des forces de l’ordre. C’est presque trois fois plus qu’en magasin.



11/10/2009
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