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Le rapport du Sénat coutumier sur la "jeunesse à la dérive"

Article paru dans Les Nouvelles Calédoniennes du 09/10/09

Le rapport sur la jeunesse à la dérive
 

Le Sénat coutumier remettra, samedi, au haut-commissaire, son rapport sur « la place du jeune Kanak dans la société contemporaine et les moyens de lutter contre la marginalisation d’une partie de la jeunesse ». Un geste signifiant, une semaine après la mort du jeune de 14 ans tué à Rivière-Salée.


Clément Grochain, président du conseil des clans de la tribu de Grochain (Ponérihouen), sénateur coutumier de l’aire Païci Camuki et président de la commission éducation et formation du Sénat coutumier, est l’un des artisans de ce travail mené durant plus d’un an, à la demande du haut-commissaire. « Un fait divers pareil, avec un tel degré de violence, estime-t-il, nous conduit tous à nous interroger sur nous-mêmes, sur l’efficacité de nos actions, des messages que nous transmettons et de cette parole coutumière dont on ne sait pas si elle atteint son but. »

Et ce n’est pas spécifique à Nouméa et ses quartiers urbains où les jeunes ont désappris la coutume. « Le problème de la drogue et de l’alcool existe sur tout le territoire. En Brousse aussi, partout où je passe, tout le monde boit. Il y a aussi des morts. La drogue, c’est un peu moins, mais il y a des moments où on ne sait plus comment réagir quand nos jeunes sont sous influence. Ça ne sert à rien d’essayer de se voiler la face et de ménager les susceptibilités. Drogue et alcool empoisonnent la société calédonienne, et particulièrement la communauté mélanésienne. »

Le Sénat en sait quelque chose : il est installé à Nouville devant l’un des hauts lieux de beuveries de Nouméa, non loin de Jules-Garnier, et peut voir de ses fenêtres, tous les vendredis, de très jeunes hommes et de très jeunes femmes tituber sur le bord de la route.

Comment lutter contre la marginalisation d’une partie de la jeunesse, particulièrement vulnérable dans les quartiers défavorisés, quand se cumulent les handicaps directement liés aux contextes sociaux, économiques et familiaux ? Quand les parents démissionnent ? Quand les squats sont des espaces sans encadrement coutumier ? Quand les jeunes ne vont pas dans les structures et les espaces créés pour eux ?

Accentuer la lutte contre le cannabis et l’alcool

« Tout le monde fait le même constat de la montée de la violence, le gouvernement, les coutumiers, les professionnels de la jeunesse. Les moyens proposés ne sont pas à la hauteur. On n’a pas vu venir, on ne s’est pas préparé, on a tous été dépassés par une société trop permissive, et il n’y a pas de solution miracle. Je ne sais pas ce qu’elle pourrait être, je ne sais pas si elle existe, regrette Clément Grochain. Mais je sais qu’il ne faut plus prendre à la légère les problèmes de cannabis et d’alcool. Je sais que le pouvoir coutumier et le pouvoir judiciaire ne se complètent pas, quand ils n’entrent pas complètement en opposition. »

Pas de solution miracle, et les coutumiers ne sont à cet égard pas plus démunis que les autres représentants de la société qui n’ont pas mieux à proposer. Mais il y a tout de même des pistes. Dans le rapport qu’il doit remettre samedi au haut-commissaire, le Sénat en recense quelques-unes. 

D’abord la création d’espaces de parole dédiés aux jeunes qui réclament qu’on leur fasse davantage confiance. Ils pourraient prendre la forme de « Conseils des jeunes », où ceux-ci pourraient préciser leurs besoins.

Ensuite, un retour à l’enseignement de la coutume, au sein du milieu familial, dans un cadre intergénérationnel, ou même, s’il le faut, par l’école traditionnelle. « Pour que le jeune Kanak, tout en suivant le cursus moderne de la scolarisation, puisse se référer à son identité, à sa culture. Pour lui apprendre les valeurs qui accompagnent le mot Kanak », explique Clément Grochain. 

Et puis enfin, estime le Sénat coutumier, il faut fixer des règles, marquer les limites, accentuer la lutte contre le cannabis et l’alcool, sensibiliser les jeunes à la notion du bien et du mal.

Et puis aussi produire des modèles qui ne soient pas défaillants, des exemples à suivre, des hommes et des femmes à imiter pour tirer vers le haut et pas vers le bas.

C’est une question de fierté nationale, au sens noble du terme.

H. L.


09/10/2009
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